La moitié des chômeurs touchent moins de 500€/mois ou la réalité chiffrée de « deux ans de vacances »

Repris du site “Rebellyon” (https://rebellyon.info/).

La moitié des chômeurs touchent moins de 500€/mois ou la réalité chiffrée de « deux ans de vacances »

Alors que le porte-parole du gouvernement a qualifié les chômeurs de vacanciers profiteurs, coup d’œil sur ce que perçoivent réellement celles et ceux qui n’ont pas d’emploi. Pour bon nombre, ils et elles ne touchent tout simplement pas grand chose.

Dimanche 15 octobre, Emmanuel Macron était interviewé sur TF1. Il y a notamment déclaré qu’il voulait « que l’on célèbre » ceux qui réussissent « car si on commence à tirer des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole ».

Le mépris de classe est comme une seconde nature pour le président de la République. Cette fois-ci, il s’agissait de valoriser la théorie du ruissellement. Cette théorie économique selon laquelle favoriser les riches seraient bénéfiques aux pauvres qui verraient la richesse des premiers ruisseler vers eux a beau être fausse, le président y crois dur comme fer.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul à croire n’importe quoi parmi nos dirigeants. Lundi 16 octobre, c’est Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement qui s’est à nouveau illustré au micro de BFM TV. Il intervenait au sujet de l’annonce faite par le président de l’extension des allocations chômage aux personnes démissionnant de leur emploi.

La liberté, c’est pas de se dire que finalement je vais bénéficier des allocations chômage pour partir deux ans en vacances.

Alors, outre le mépris dont elle témoigne, cette déclaration révèle une méconnaissance totale de ce qu’être sans emploi implique dès aujourd’hui réellement. Gageons que parmi les lecteurs et lectrices de Rebellyon, tous et toutes savent que dealer avec Pole Emploi n’est pas si simple et que, s’il s’agit de vacances, elles sont assorties de contrôles réguliers et de menaces de radiation au moindre rendez-vous oublié ou de retard dans son actualisation.

Surtout, nous savons que ces supposées vacances sont le plus souvent dures sur le plan économique. Le Centre d’observation de la société s’est d’ailleurs penché sur la situation réelle des chômeurs et on est bien loin des vacances tous frais payés.

Un tiers des chômeurs ne touche aucune indemnité. La moitié d’entre eux ne reçoit pas plus de 500 euros par mois et les trois quarts moins du Smic. Seuls 6 % perçoivent plus de 1 500 euros. Le régime français d’indemnisation des demandeurs d’emploi est donc loin d’être trop généreux et de « désinciter » à la reprise d’un travail comme le sous-entendent les droitards comme Castaner ou notre local Laurent Wauquiez.

Selon les chiffres de l’Unedic, les chômeurs reçoivent en moyenne 1 100 euros net par mois d’indemnité, montant du niveau du Smic et l’équivalent de 71 % du salaire net de référence. Ce chiffre est trompeur car il ne porte que sur les chômeurs indemnisés dans le cadre du régime général de l’assurance chômage.

Pour comprendre combien perçoivent les chômeurs, il faut élargir le champ de la mesure. Aux 2,1 millions de demandeurs d’emplois indemnisés par le régime général, on doit d’abord ajouter les 485 000 chômeurs en fin de droits, qui touchent au mieux l’allocation de solidarité spécifique (ASS, d’un montant mensuel maximum de 480 euros mensuels). Il faut enfin compléter par le nombre de demandeurs qui ne touchent rien, par exemple des jeunes qui n’ont pas cotisé. Sur les 5,5 millions de demandeurs d’emploi au total de juin dernier, seule la moitié percevait une allocation.

On imagine qu’Emmanuel Macron et Christophe Castaner ont dû applaudir quand Pierre Gataz, le patron du Médef, a demandé cette semaine à ce qu’il y ait un « contrôle journalier des chômeurs ». À écouter cette clique, on ne serait pas étonné qu’on nous demande bientôt quotidiennement notre lieu de villégiature préféré, la couleur de nos parasols, notre niveau à la pétanque et surtout combien de cartes postales on a envoyé chaque jour à de potentiels employeurs.

Les riches perçoivent vraiment ceux qui ne bossent pas comme des indésirables uniquement bon à faire pression sur ceux qui travaillent en leur disant « tu vois tous ceux qui poussent derrière, alors sois sage et bosse comme un chien ». Pour lutter contre cela, il est sans doute temps qu’on prenne tous et toutes des vacances bien plus longues que deux ans. Et, pour reprendre l’expression de Macron, on aura alors toute la force nécessaire pour faire dégringoler « les premiers de cordée » au fond du ravin.

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